Les vins André Brunel : le savoir-faire d’une maison de négoce issue d'un domaine prestigieux

Suivant les traces de son grand-père Lucien et de son père André disparu il y a peu, Fabrice Brunel, le vigneron du domaine Les Cailloux à Châteauneuf-du-Pape, ne manque pas d’idées pour développer son activité de négoce. Tout en gardant à l’esprit les exigences qui ont fait le succès de ses vins de domaine.

Fabrice Brunel est arrivé sur l’exploitation familiale en 2012 après avoir opéré pendant une dizaine d’années dans une société de conseil spécialisée dans la gestion de production et la logistique. Ce qui explique sans doute qu’il ait une vision décomplexée de son métier de vigneron-négociant. Il vient ainsi de terminer l’installation de panneaux solaires sur quatre hectares de vignes à Travaillan près d’Orange et s’apprête à produire du gin à partir de ses propres marcs de raisin. Il a aussi procédé à la construction d’une nouvelle cuverie de 3 000 hectolitres dans son chai de Châteauneuf-du-Pape doté d’un caveau de dégustation flambant neuf : il n’y en avait pas jusqu’à présent au domaine Les Cailloux.

Mais ce qui l’occupe le plus, c’est le développement de son activité de négoce en appellation Côtes-du-Rhône, Côtes-du-Rhône Villages et Châteauneuf-du-Pape... les mêmes appellations en fait que celles des vins du domaine. « Seules les étiquettes – et le contenu des bouteilles bien entendu - changent, souligne Fabrice. Domaine André Brunel d’un côté et Vins André Brunel de l’autre. C’est subtil mais efficace ».

Fabrice Brunel produit aussi des Vins de France. Comme “ Le Tracteur de Brunel », commercialisé à partir de 2017 (40 000 bouteilles par an), qui est un assemblage de grenache (40 %) et de merlot (40 %), issus du domaine Les Cailloux, et de syrah achetée en négoce à des vignerons partenaires. Ce vin élevé un an en cuve et vendu au prix de 6 € rencontre un franc succès auprès des clients qui aiment boire un rouge à l’heure de l’apéritif.


TROIS SOURCES D’APPROVISIONNEMENT

« Le Tracteur de Brunel » illustre parfaitement la manière avec laquelle les activités du domaine et de la maison de négoce s’entremêlent. Dès le départ avec l’approvisionnement en jus qui provient de 3 sources différentes :

  1. - Le domaine d’abord, fracturé en trois zones principales : Châteauneuf-du-Pape (21 ha dont deux de blanc), Travaillan-Uchaux et Saint-Geniez de Comolas dans le Gard (plus de 60 ha de Côtes du Rhône et d’IGP) : « Nous avions un vignoble un peu vieillissant, qui nécessitait de replanter, détaille Fabrice Brunel. Ce que nous avons fait avec les mêmes cépages mais dans des proportions différentes : plus de grenache et moins de syrah. Aujourd’hui, le grenache du négoce vient de chez nous et nous achetons de la syrah à l’extérieur car nous en avons peu dans nos vignes ».

  2. - Les vignerons partenaires ensuite avec lesquels la Maison travaille depuis des années et qui vendent à la famille Brunel la totalité ou une grosse partie de leur récolte. « Ça va vite, souligne Fabrice. Trois ou quatre vignerons avec des domaines d’une cinquantaine d’hectares, ça fait rapidement quelques centaines ou quelques milliers d’hl ».

  3. - Les vracqueurs classiques enfin qui servent de variable ajustable suivant les besoins.

C’EST NOUVEAU : L’ACHAT DE RAISINS

Au final, la production de la maison de négoce – officiellement enregistrée sous le nom surprenant de La Cerise -représente l’équivalent de 600 / 700 000 bouteilles (contre 300 000 pour le domaine). Cette production devrait augmenter puisque depuis l’année dernière, la société de Fabrice Brunel a commencé à acheter des raisins. « Comme nous avons agrandi la taille de la cave, nous pouvons en faire rentrer plus ». Des raisins des vignes du domaine d’abord qui, une fois la replantation terminée, seront en pleine capacité de production en 2025 : 95 ha au total soit 30 ha de plus par rapport à aujourd’hui. Et les raisins de nouveaux vignerons-partenaires : 15 ha sur Vaison-la-Romaine et un peu moins sur Travaillan. Le tout en Côtes du Rhône.

Cette source supplémentaire d’approvisionnement permet au négociant de maîtriser une étape supplémentaire dans l’élaboration de ses cuvées : l’élevage et la conservation du vin, le propriétaire s’occupant uniquement de la vendange. « En vinifiant nous-même, nous avons le profil de vins que nous avons choisi ». En 2021, première année de la mise en place de ce nouveau système, tout s’est bien passé.

CONSOLIDER SES BASES D’ABORD

Aller chercher quelques hectos en Vacqueyras ou dans une autre appellation de la Vallée du Rhône, ce n’est pas à l’ordre du jour : « Il n’y a pas de demandes de nos clients. D’ailleurs, nous avons déjà suffisamment à faire avec nos 90 hectares de vignes et notre négoce en Côtes du Rhône générique ». L’objectif de Fabrice Brunel, c’est plutôt de terminer la replantation pour pouvoir approvisionner en plus grande partie son propre négoce, ce qui lui permettrait d’acheter moins de jus à l’extérieur.

« Mais j’aimerais bien développer le Châteauneuf-du-Pape négoce car nous en faisons peu et il y a là une vraie possibilité. Car dans notre gamme, je dirai qu’entre le Côtes du Rhône villages et le Châteauneuf-du-Pape domaine, il y a en termes de prix un espace dans lequel un Châteauneuf-du-Pape négoce trouverait sa place ».

Toujours dans l’idée de progresser sur sa gamme de vins, Fabrice envisage la possibilité de faire plus de rosé pour l’instant vendu uniquement en vrac. Mais pas question de se lancer dans la bouteille sans avoir au préalable trouvé les marchés. Car le vigneron-négociant de Châteauneuf, même s’il est friand d’innovations, sait qu’il faut consolider ses bases avant d’avancer. En gardant toujours ancrée en lui « l’envie de faire du vin qui fasse plaisir à celui qui le boit, sans être inabordable financièrement ». Une mission qu’il s’est fixée et à laquelle participe activement sa maison de négoce.

REPERES

Le domaine : d’une superficie de 110 hectares de terres dont 95 plantés ; ils seront tous en production à l’horizon 2025. C’est Lucien Brunel, le grand-père de Fabrice, qui en 1954 a créé la marque Les Cailloux. D’une superficie de 21 ha de Châteauneuf-du-Pape à l’origine, le domaine s’est agrandi à coups de rachat successifs en Côtes du Rhône et Vin de Pays de Vaucluse.

La maison de négoce : présidé aujourd’hui par Fabrice Brunel, elle a été officiellement enregistrée en 2005 par André Brunel (décédé au début de l’année) qui l’a baptisée “La Cerise”. Mais elle est plus connue sous le nom de “Les Vins André Brunel”.

6 cuvées x 2 : deux Châteauneuf-du-Pape (un blanc et un rouge), un Côtes du Rhône villages et 3 Côtes du Rhône génériques pour le domaine. Idem pour la Maison de négoce + un Vin de France.

Les réseaux de distribution : différents pour les deux entités avec un point commun : 80 % des ventes se font à l’export. Dans les pays nordiques (Norvège, Suède, Danemark), aux Etats-Unis, au Royaume Uni et au Japon. Compte tenu du contexte international et de ses aléas, il y une volonté chez Fabrice Brunel de rebasculer une partie de ses exportations en France et un peu plus vers le particulier.

Contact : 6 chemin du Bois de la Ville à Châteauneuf-du-Pape.

Tel : 04 90 83 72 62 / Mail : fabrice.brunel@domaine-les-cailloux.fr


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