Val d’Argan, le vignoble de l’extrême


Au Maroc près d’Essaouira, Charles Melia, le propriétaire de la Font du Loup à Châteauneuf-du-Pape, a créé voici 20 ans le vignoble le plus au sud de l’hémisphère nord

En ce matin du mois de mars, le ciel est bleu, l’air frais et limpide, la terre rouge, les cailloux plats et en regardant les petites collines qui bordent le ciel à l’horizon côté est, on pourrait presque se croire à Châteauneuf-du-Pape. Pourtant, nous sommes au Maroc, à 20 km d’Essaouira, l’ancienne Mogador des Portugais. C’est ici que Charles Melia, le propriétaire de la Font du Loup, a planté ses premières vignes il y a tout juste 20 ans.

« Lorsque je me suis intéressé à la création d’un vignoble à l’étranger, j’ai visité plusieurs régions un peu partout dans le monde. Et puis, je me suis rappelé que j’avais grandi au Maroc et que je parlais couramment le darija, la langue dialectale des Marocains. J’ai donc opté pour ce pays où je me sens bien. Ici, je ne suis absolument pas dépaysé »

Profitant de la proximité du Maroc à trois heures de vol de Marseille, Charles Melia a mis un certain temps avant de trouver le lieu qui lui semblait idéal : « Je voulais installer un vignoble dans une région où il n’y avait jamais eu de raisin de cuve ni de production de vin. J’ai forcément exclu la région de Meknès tout comme celle de Ben Slimane ou d’El Jadida, les grandes régions viticoles existantes et il est donc resté la partie sud sud-ouest. J’ai longtemps prospecté jusqu’à trouver cette propriété. Il y a ici un élément qui m’a beaucoup intéressé, c’est le vent. Ce fameux Alysée que je compare au Mistral ».

Le vent plus la découverte de raisins de table, des variétés autochtones que l’on produit ici quasiment sans soin et sans entretien : il ne manquait plus que l’avis d’un technicien agricole qui a fait des prélèvements un peu partout et qui a trouvé qu’effectivement on pouvait considérer qu’on avait là des terres à vigne avec une couche fertile et un sous-sol argilo calcaire. Il restait alors à trouver la propriété en sachant qu’au Maroc, un étranger n’a pas le droit d’acheter la terre agricole. Difficulté contournée grâce à un propriétaire marocain francophone et francophile qui a accepté de lui louer 30 ha pour 99 ans. …

Charles Melia a donc planté ses premières vignes en 1995 : quatre hectares, histoire de voir… « J’ai introduit de la clairette, du bourboulenc, de l’uniblanc. Et en rouge, j’ai planté syrah, grenache et mourvèdre. C’était à titre expérimental ; je ne pensais pas que cela allait prendre cette tournure ». Car petit à petit, le vigneron de Châteauneuf-du-Pape s’est pris au jeu. Il a construit la cave, un bâtiment tout en pierre avec une cuverie traditionnelle et il a fait venir du matériel de France en bon état de marche. Il a surtout investi dans un bon groupe de froid pour pouvoir vinifier et stocker les vins à bonne température.

Et puis, il a continué à planter : des roussannes, des muscats noirs, des grenaches blancs, des viogniers, des muscats de Beaumes-de-Venise, du marcelan… et même un hectare et demi de San Giovese... « Nous sommes dans une région qui n’a pas d’appellation d’origine contrôlée…. donc on fait ce qu’on veut ! ».

Jusqu’en 2003, Charles Melia a fait des allers-retours entre le Val d’Argan et la Font du Loup (il a vendu ses premières bouteilles en 2002). Puis, l’affaire prenant de l’ampleur (près de 200 000 bouteilles aujourd’hui, avec de petits rendements de 25 hl / ha), il a fallu faire un choix. Il a alors décidé de déléguer le domaine de la Font du loup à sa fille aînée et à son gendre et lui s’est installé définitivement au Maroc en 2003.

Entretemps, Charles Melia a dû batailler dur : avec l’administration pour obtenir au bout de 6 ans l’autorisation de vinifier (nous sommes dans un pays musulman) ; avec le climat, pas toujours facile : « A partir de fin juin, on peut avoir de grosses chaleurs qui vont bruler les récoltes comme en 2007 et en 2009. Alors, je me suis dirigé vers l’association de cultures ». Après divers essais, c’est finalement le sorgo qui a pris définitivement le pas sur le maïs : on le sème autour du pied de vigne, ce qui fait une touffe végétale de feuilles froides qui abrite le raisin. Et on complète en disposant, à partir de début juin, des feuillages sur les raisins qui sont exposés au soleil. Branches d’eucalyptus ou d’olivier, « ce qui permet aujourd’hui de vendanger les raisins quand ils sont mûrs sans être obligés de se presser ». Une méthode unique et intéressante qui pourrait ouvrir des perspectives dans un contexte de réchauffement climatique.

« Je suis dans un endroit préservé, ajoute encore Charles Melia, sans agriculture intensive ; pas de serres, pas de maraîchage, pas de produits chimiques. Je ne veux pas être le premier à en introduire ». C’est pourquoi le domaine du Val d’Argan est le premier au Maroc à être certifié bio selon les normes européennes. Et l’emblème de cette démarche écologique, c’est Goliath, le dromadaire, qui laboure l’entre-deux, près des vignes, le milieu étant fait par un tracteur et le tout étant complété par un piochage. « J’en suis aujourd’hui à 45 ha de plantés et nous sommes en train de préparer une nouvelle parcelle pour monter à 52 ha ». Car Charles Melia ambitionne de conquérir des marchés à l’export alors qu’aujourd’hui, toute sa production est vendue au Maroc, en particulier dans les grands hôtels et restaurants du Royaume (80% de la clientèle est européenne). Sa méthode ? Une large palette de vins et 4 niveaux qualitatifs, de manière à répondre à toutes les demandes :

« Au Val d’Argan, on récolte des grains qui sont gros comme des petits pois moyennant quoi ce sont des grains qui sont charnus, consistants et gorgés de fruit, de soleil et de saveur. Et qui font de bons vins… Je dis volontiers que je fais un bon vin sur un petit terroir. Ou plutôt sur un terroir encore méconnu ».

Jean CALABRESE

Domaine du Val d’Argan

Ounagha – province d’Essaouira. Maroc

www.valdargan.com

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